Interview de Anasazi
La sortie d'Origin(s) datant quelque peu, il était temps de faire un point sur la carrière d'Anasazi et d'interroger le groupe sur son évolution. C'est pendant une crèpe party que le groupe a bien voulu répondre à nos questions et nous dévoiler les secrets peu de leur carrière et de leur avenir. Pour des raisons personnelles, cette interview s'est faite par e-mail et manque donc peut-être de spontanéité. Je vous prie de nous excuser. Nous remercions d'ailleurs tout le groupe qui a bien voulu se prêter au jeu.
Tout d'abord, pouvez-vous nous parler un peu des débuts d'Anasazi ?
Mathieu : Anasazi est né en février 2004 avec l’écriture de notre 1er EP et concept song At The End of My New World. À l’époque nous étions 2, Frédéric Thevenet et moi même. Nous avons sorti cet EP en mai de la même année. Devant les réactions enthousiastes, nous l’avons mis en téléchargement libre sur une page internet et nous donnions le lien autour de nous, notamment sur le forum que je fréquente le plus (The dance of eternity : http://forum.tdoe.net/). J’ai mis Anasazi en stand by durant 6 mois, le temps d’enregistrer mon album en français et en janvier 2005, nous nous sommes remis à l’écriture de The Principles of [Hate] bientôt rejoints par Chris BT à la basse. Frédéric, très occupé par son travail a alors dû quitter le groupe avant l’enregistrement. L’album est sorti en février 2006 sur notre site. Nous avons ensuite démarré la création d’un nouvel EP mais cette fois-ci nous avons décidé de passer à un enregistrement via un PC, ce qui nous a permis d’améliorer grandement la qualité de la production. Romain est alors arrivé dans l’aventure avec ses claviers à la fin des sessions d’écriture des 3 titres. 3 From The Left est sorti en mars 2007, date à laquelle nous nous sommes attelés à l’écriture de notre dernier album Origin(s) sorti fin septembre 2008.
Chris BT : Jusqu’à ce jour, chacun de nos disques est sorti sur notre site en téléchargement libre et gratuit.
La manière de distribuer vos disques est assez spéciale, pourquoi les distribuer comme cela et pourquoi ne pas chercher une maison de disque ?
Chris BT : Pour l’instant les propositions de label que nous avons reçues ne sont pas intéressantes, beaucoup d’engagement pour le groupe et très peu pour le label avec une rentabilité financière très faible.
Mathieu : Et avec des contraintes artistiques que nous ne sommes pas prêts d’accepter !
Romain : Internet étant un formidable moyen de communication, nous avons choisi de privilégier la diffusion plutôt que la rentabilité.
Chris BT : Cependant, nous vendons via notre site internet (http://www.anasaziprog.com/) nos derniers CD car nous avons une base de fans qui nous les réclame et qui a choisi de participer, comme pour le dernier album, à une souscription pour nous permettre de les faire fabriquer et réduire ainsi les coûts.
Mathieu : Nous profitons d’ailleurs de cet entretien pour les remercier tous et toutes.
D'ailleurs, le nombre de disques vendus est-il assez conséquent par rapport aux téléchargements ?
Chris BT : Non, les ventes de CD sont bien inférieures au téléchargement mais en choisissant de diffuser notre musique légalement et librement, ce n’est pas notre préoccupation principale pour l’instant.
Mathieu : Nous faisons avant tout de la musique pour notre plaisir et il est déjà très appréciable de pouvoir sortir des disques hors du schéma habituel et des contraintes d’une maison de disque.
Revenons un peu à la musique et à la progression aux fils des albums. La production ne cessant de s'améliorer, quel regard avez-vous par rapport à celle des albums plus vieux et plus récents ?
Chris BT : En terme de production, nous essayons toujours de progresser dans ce domaine et nous ferons en sorte que le son du prochain album soit encore meilleur. Sur Origin(s), nous avons eu l’opportunité de confier le mastering à un studio professionnel (Brett Caldas-Lima de Tower Studio http://www.towerstudio.net/), et nous sommes vraiment heureux du résultat.
Mathieu : Nos 2 premiers disques ont été réalisés avec du matériel rudimentaire, un petit enregistreur numérique, c’est ce qui nous a permis de mettre le pied à l’étrier.
Pour un groupe peu connu, la pochette d'Origin(s) est d'une qualité assez rare. D'où vous est venue l'idée pour cette pochette ?
Mathieu : Cette pochette a été réalisée par un ami et fan du groupe, Grégory Migeon, qui réalisait là sa 2ème pochette. Il avait déjà réalisé celle du groupe Pepper Noster pour leur 1er EP. Il nous a proposé de faire l’artwork de ce disque alors que nous commencions l’écriture de l’album. J’avais déjà vu des bouts de pochettes qu’il avait fait, lors d’un délire sur un forum de Dream Theater pour la sortie de Systematic Chaos où des fans s’amusaient à imaginer ce que sera la pochette avant que cette dernière ne soit dévoilée officiellement.
Romain : Au début nous étions partis sur un tout autre concept, jusqu’à ce qu’il nous propose l’idée de ce papillon bleu et nous sommes tous tombés sous le charme.
Mathieu : Grégory nous a permis de livrer un produit encore plus pro et a toujours su être réactif à nos idées tout en proposant des illustrations et thèmes de qualités. C’est un vrai plaisir de travailler avec lui !
Que signifie-t-elle ?
Mathieu : Chacun de nos disques incorpore un numéro suivant son ordre de sortie dans notre discographie. At The End Of My New World part I ,le 1, The Principles Of [Hate] le II qui sépare le nom du groupe du titre de l’album sur le cover, 3 From The Left le 3 et pour finir Origin(s), le chiffre 4, symbolisé par le glyphe présent sur l’aile droite du papillon. Ce glyphe fait parti de l’évolution du chiffre 4, comme le montre les représentions en 4ème de couverture de notre pochette, sous les titres des chansons de l’album. Pour nous, ce disque représentait un résumé logique des groupes qui nous inspirent, et Origin(s) était le titre parfait pour leur rendre hommage avec cette volonté d’afficher clairement nos différentes influences.
Romain : D’où le « s » entre parenthèses à Origin(s).
Avec l'arrivée de Chris L (le nouveau batteur), n'y a-t-il pas des morceaux que vous voudriez réarranger et/ou réenregistrer ?
Romain : On nous pose régulièrement la question sur notre forum mais pour le moment, nous préférons créer de nouveaux morceaux et cela nous occupe déjà, beaucoup.
Mathieu : Personnellement non, je préfère avancer plutôt que regarder le passé. On pourrait faire mieux en terme d’arrangement et de production mais je suis persuadé qu’on perdrait l’émotion ! Me replonger dans At The End Of My New World part I, qui m’est très personnel, me demanderait un effort que je n’ai pas envie de faire pour ma santé mentale (rires).
D'ailleurs Chris L, comment adaptes-tu les parties de batterie ? Est-ce difficile ?
Chris BT : Il faudra certainement adapter des parties qui nécessiteraient d’avoir 3 bras car Chris L refuse de s’en faire greffer un en plus... (rires)
Chris L : C’est un challenge de reprendre les parties de batterie initiales mais mon rôle au sein de groupe est de m’adapter à leurs univers et d’apporter le mien. Beaucoup de travail en perspective mais c’est un défi que je veux relever.
Parlons musique. Anasazi se sert beaucoup du clavier pour poser ses ambiances et reste assez sobre, je pense à « The Shore » notamment. Quelle est l'approche que vous avez quand vous écrivez un morceau ?
Mathieu : Nous essayons de ne pas enregistrer de parties superflues en gardant en tête l’esprit original du morceau à sa création.
Romain : Nous partons d’une idée, un riff, un groove, une suite d’accords, puis j’essaye d’apporter à cela le jeu de claviers. Néanmoins, chaque instrument influence les autres. On part d’une idée, par exemple pour ce morceau la guitare, puis j’ai posé un son qui nous a conduit vers le concept de la chanson, qui a à son tour influencé les paroles.
Dans le même état d'esprit, comment abordez-vous la création d'un album ?
Romain : Le studio de répétition et d’enregistrement se trouvant chez Mathieu, nous proposons/composons des idées que Mathieu catalyse après coup pour en faire de véritables chansons.
Mathieu : Nous gardons à l’esprit de ne pas nous répéter en faisant avant tout ce qu’on a envie de faire au gré des humeurs musicales !
Chris BT : Ensuite on se réunit tous ensemble pour discuter de la finalisation des morceaux et on commence à dresser le tableau de ce que sera quelques mois plus tard notre album.
Mathieu : De cette manière nous avançons rapidement et restons rarement bloqués dans le processus créatif.
Chris L : Pour moi, c’est une nouvelle approche de la composition, mon but est d’arriver à m’intégrer dans cette entité musicale déjà très définie qu’est Anasazi.
Mathieu : Pour le prochain album, pendant que Chris BT finissait le mixage d’Origin(s) en juillet 2008, j’ai commencé à composer les lignes directrices du disque à venir.
En ce qui concerne votre nouveau projet studio (nommé V pour l'instant), pouvez-vous nous en parler d'avantage ?
Mathieu : Nous pouvons déjà te donner son titre en exclusivité pour Prog Paradise, à savoir Playing Ordinary People.
Chris BT : Nous prévoyons sa sortie pour la fin de l’année 2010.
Mathieu : Pour le moment, nous avons composé 18 morceaux et j’appréhende déjà le fait d’avoir à choisir parmi eux pour composer le set de l’album ! De bonnes engueulades en perspective (rires)
Chris L : La direction musicale risque d’en surprendre quelque uns.
Mathieu : On continue d’essayer d’avancer sans trop se répéter. Nous pourrons en parler plus longuement à sa sortie mais globalement, c’est assez sombre et mélodique...
Romain : Je suis particulièrement excité par ce nouvel album. On vient de passer la semaine à arranger les différentes parties de clavier et nous sommes contents du résultat.
Il semblerait que vous voudriez tourner. Comment allez vous procéder ?
Chris BT : Nous souhaitons faire vivre la musique d’Anasazi sur scène depuis pas mal de temps déjà. Le travail va donc se répartir entre le choix des morceaux, la préparation de la set list, les répétitions, et le travail du son de chaque instrument.
Mathieu : C’est fun de jouer ensemble des morceaux qui n’étaient encore quasiment jamais sortis du studio et de leur laisser pendre vie en condition live.
Chris L : Dans cet objectif, nous avons recruté un guitariste pour épauler Mathieu sur scène à la guitare, en la personne de Sébastien Garcia (Somdravz).
Si l'on prend vos différents albums, on remarque toujours un aspect catchy et un aspect plus calme. De plus en plus, cet aspect metal (catchy) apparaît. La musique d'Anasazi va-t-elle tendre à se complexifier ?
Chris L : Nous ne réfléchissons pas en terme de complexité mais en terme d’émotion et d’envie.
Romain : Nos auditeurs partagent souvent quelques unes de nos facettes et découvrent les autres.£
Chris BT : C’est une manière de mettre en valeur les passages plus metal, que de les aérer avec des moments moins chargés.
Mathieu : J’ai le sentiment qu’avec le temps, nous avons moins de complexes à assumer notre part metal au sein d’Anasazi !
La musique d'Anasazi est pleine d'influences. Comment faites-vous pour les marier ensemble ?
Mathieu : Nous sommes fans de musique progressive, de metal et de pop music donc ça me paraît logique qu’Anasazi mélange ses styles. C’est une des caractéristiques du progressif. Nous ne nous posons jamais de limite dans notre création, c’est ce qui nous motive.
Romain : Nous ne raisonnons pas en terme d’influence quand ça nous semble cohérent.
Mathieu : Notre touche personnelle occulte bien souvent ces influences au final.
Mathieu, tu as fait un projet solo en français (Ma spirale et moi). Qu'en est-il d'un futur projet solo et du français dans Anasazi ?
Mathieu : C’était un « one shot », il n’y aura pas d’autre album en français. Durant le mixage de notre album Origin(s), j’ai commencé à écrire une dizaine de chansons pour un album solo en anglais, mais je me suis vite rendu compte que c’était du Anasazi et j’ai inclus quelques uns de ces morceaux dans notre nouvel album. Je peux m’exprimer pleinement dans Anasazi donc pas le besoin pour le moment d’aller vaquer ailleurs ! Pour le français dans Anasazi, il ne faut jamais dire jamais...
Bien, maintenant parlons un peu de la scène (metal) progressive actuelle. Que pensez-vous de son évolution et de celle en France ?
Mathieu : Ca fait 20 ans que j’écoute du metal et il semblerait que ce dernier commence à ne plus avoir de complexe par rapport à ses voisins US ou Européens.
Chris BT : Des groupes comme Gojira et Kalisia n’ont pas à rougir devant des productions étrangères.
Mathieu : Pour moi un groupe sort du lot en France, c’est du rock progressif et c’est Demians. Un de mes disques préférés de l’année dernière.
Romain : La scène progressive n’a jamais été aussi prolifique avec des groupes aussi différents que Hacride, Spheric Universe Expérience, Venturia ou Nemo.
Chris L : C’est très moteur pour des groupes comme nous.
Un dernier mot pour ceux qui vous lisent et/ou écoutent ?
Mathieu : Merci à tous ceux qui prennent le temps de nous découvrir, même si nous offrons notre musique gratuitement et qui font l’effort d’entrer dans notre univers, et un grand merci à ceux qui nous soutiennent financièrement en achetant nos CD même si notre musiques est en libre service sur notre site
Chris BT : A partir d’octobre, visitez notre site, nous allons commencer l’enregistrement de Playing Ordinary People et nous mettront en ligne des vidéos régulièrement (http://www.anasazi-prog.com/).
Romain : Si le coeur vous en dit, inscrivez vous sur notre forum pour suivre l’actualité du groupe et parler musique en général, il y a une bonne ambiance.
Chris L : On espère vous croiser à nos concerts dès l’année prochaine…
Mathieu : Merci à toi P’tit Louis, de nous soutenir...
Merci à Anasazi pour l'interview !