Interview de Coexistence

Grégory Giraudo & Carl Lindquist
Parle-nous un peu de la formation de Coexistence, et de ses objectifs en tant que groupe.
Greg : Coexistence a vu le jour en août 2008, suite à la dissolution de mon groupe précédent Lyrae. Mon but premier était d’enregistrer des nouveaux morceaux et d’avoir un chanteur qui tue pour poser ses lignes vocales. C’est à ce moment là que je suis tombé sur une vidéo de Carl sur Internet et sa voix m’a totalement bluffé ! Je m’en foutais qu’il habite à Stockholm vu que je n’avais pas l’intention de monter un groupe pour tourner, je l’ai donc contacté pour le féliciter tout d’abord et ensuite lui parler de mon projet d’enregistrement. Il a été emballé par l’idée et c’est comme ça que nous avons commencé à échanger des bouts de morceaux et d’idées, tout s’est fait très vite ! La première chose à laquelle nous avons songé a été la création d’une démo, afin de pouvoir faire écouter assez vite aux gens ce que nous avions en tête. La composition et l’enregistrement se sont faits dans la foulée. Maintenant que la démo est sortie nous sommes en train de monter un véritable line up pour Coexistence et nous prévoyons des concerts pour la fin de l’été et j’espère pour la fin de l’année également. Il est vrai que la distance qui me sépare de Carl ne rend pas les choses faciles pour faire des concerts mais on va essayer de se débrouiller comme on peut, rien n’est impossible dans la vie ! Nous parlons déjà aussi d’un album complet, nous avons d’ailleurs suffisamment de morceaux en réserve pour en faire un, mais on préfère ne pas se précipiter. Chaque chose en son temps ! Je pense qu’un album d’ici fin 2010 est envisageable ceci dit. Nous allons cette fois faire appel à un véritable ingénieur du son qui saura tirer le meilleur de nous même, pour qu’on puisse se focaliser sur nos performances et non sur la prise de sons et le mixage comme ça a été le cas pour cet EP. Bref un programme chargé.
Vous avez été relativement rapides pour composer votre démo : de juillet à novembre 2008. De quelle manière vous y êtes-vous pris ?
Greg : En réalité, nous n’avons commencé à bosser ensemble qu’en août 2008, mais c’est vrai que le morceau « Carrion Comfort » était déjà composé bien avant, enfin la musique en tout cas. C’est un morceau que nous avions même commencé à répéter avec mon précédent groupe, Lyrae, mais les paroles et les lignes vocales étaient totalement différentes. Le mois d’août 2008 a été un mois particulièrement noir pour moi à un niveau personnel, et ça a probablement accéléré le processus d’écriture, car je ressentais le besoin d’exorciser et de canaliser toute cette énergie négative que je ressentais à ce moment. Coexistence est vraiment arrivé au bon moment, et l’écriture de certains morceaux comme « Layarteb » m’ont fait un bien énorme. Le processus d’écriture s’est donc fait très naturellement et très rapidement. Et Carl a été également très inspiré et motivé par le projet, nous échangions énormément d’emails et discutions beaucoup par Internet afin de nous mettre d’accord sur la marche à suivre mais je me suis très vite rendu compte à quel point nous étions sur la même longueur d’onde et à quel point il était facile pour nous de travailler ensemble. Avec Carl je n’ai même plus besoin de dire quoi faire à quel moment, il sait ce que j’attends d’un point de vue vocal et il se débrouille toujours pour trouver la ligne de chant qu’il faut pour chaque partie. Il y a une communion d’esprit assez étonnante entre nous, c’est presque magique d’une certaine façon, et je suis vraiment très heureux de l’avoir déniché ! J’espère sincèrement qu’il ne va pas me filer entre les doigts plus tard, haha !
A ce propos, quelle est la recette pour la création des chansons de Coexistence ? Un jam à partir d'un riff à la manière de Dream Theater, ou plutôt une idée globale qu'on développe au fur et à mesure à la Pain of Salvation ?
Greg : Je dirais que ça dépend du morceau, nous n’avons pas vraiment de formule pré-établie. Deux des morceaux de la démo, « Layarteb » et « Seize the Day », ont été des textes avant que nous écrivions la musique. Nous sommes donc partis de l’émotion que dégageaient les paroles pour créer une musique qui s’accorderait bien avec. Pour « Carrion Comfort » et « Twisted Soul », c’est la musique qui est venue d’abord. Les mélodies vocales viennent toujours en dernier, et c’est Carl qui s’en charge à 95%. Les morceaux ne sont pas issus de Jam comme Dream Theater ; j’écris toute la partie musique, tout seul en m’enfermant chez moi. Je pars en général d’un riff ou d’une mélodie, et j’essaye d’élaborer un morceau en construisant le reste autour de cette idée première. La principale difficulté n’est pas tellement de trouver les idées mais plus d’arriver à les canaliser, les structurer, et faire en sorte qu’il s’agisse d’un vrai morceau et pas d’un assemblage de riffs. Le but c’est que le morceau évoque une émotion forte dès le départ, même sans voix ni paroles. J’enregistre de suite les idées et je rajoute en général les parties de basse et batterie dans la foulée, histoire d’avoir une idée assez précise de ce que le morceau donner au final. Puis j’envoie tout ça à Carl qui me donne son avis et qui commence ensuite à travailler sur ses parties vocales. Il enregistre ses voix de son côté et je me charge du mix. Voilà en gros comment nous avons fonctionné pour l’écriture et l’enregistrement de notre EP. Mais rien ne garantit que nous ne changerons pas notre façon de faire à l’avenir.
Y a-t'il une force créatrice, un dirigeant qui s'occupe de structurer le tout ou est-ce l'oeuvre de tous les membres et de leurs influences ?
Greg : Coexistence n’est pour l’instant que l’oeuvre de Carl et de moi-même. Aucune personne externe n’est intervenue dans le processus créatif. Un bon ami à moi, Olivier Viac, a joué le premier solo de « Twisted Soul » mais ça s’arrête là. Comme je te l’ai dit, Carl s’occupe de la partie vocale des morceaux et je me charge de toute la partie musicale instrumentale. C’est donc du 50/50 à tous les deux. Il n’y a pas de tyran héhé ! Ou alors il y en a deux !
Carl : Nous travaillons vraiment en équipe. Greg est la tête pensante du groupe pour ce qui est de la musique, il écrit toujours les riffs et les mélodies de guitare. Puis il m’envoie ce qu’il a trouvé et je me charge des parties vocales. Nous écrivons ensuite les paroles parfois séparément, parfois ensemble. Tout se fait très naturellement.
Vos influences sont assez variées, ça va de Roxy Music à Symphony X. J'imagine que chaque membre a ses influences propres. N'est-ce pas parfois un peu difficile de s'entendre lorsqu'il faut les mélanger pour en faire une chanson ?
Greg : Non car en fait, à quelques groupes près, Carl et moi possédons les mêmes influences et nous nous retrouvons dans les mêmes groupes. C’est ce qui rend les choses bien plus faciles ! D’ailleurs, heureusement, vu la distance qui nous sépare ! Travailler avec Carl est vraiment très agréable et aisé car chacun sait ce que l’autre attend.
Carl : Ce n’est pas du tout un problème. Le truc c’est que nous pouvons être influencés par un artiste mais ne pas forcément montrer cette influence dans notre composition. Pour ce qui est de Roxy Music, il s’agit d’un des premiers groupes qui m’a fait aimer la musique, avant que je n’écoute du metal, c’est donc une influence plus personnelle. Ils ne sont cependant pas une grosse influence dans notre écriture car c’est quand même très éloigné du style que nous faisons avec Coexistence.
L'étiquette de progueux n'est pas facile à porter en France en ce moment, surtout pour un groupe de metal. Qu'en penses-tu ? Quelles sont vos difficultés ?
Greg : C’est vrai que pour certains metalleux un peu étroits d’esprit, le metal prog est synonyme de musique molle, chiante et prétentieuse. J’espère simplement que ces préjugés s’estomperont un jour et que les gens prendront le temps d’écouter réellement la musique. Peut-être comprendront-ils qu’ils ont loupé quelque chose ! Des groupes comme ARK, Pain of Salvation, Porcupine Tree, Symphony X, Dream Theater, Beyond Twilight sont tout sauf mous et chiants ! Et il y en a bien d’autres ! Je peux comprendre que ce ne soit pas la tasse de thé de tout le monde, mais ce genre de groupe mérite le plus grand respect ! Je n’ai aucunement la prétention de nous comparer à ces groupes-là, d’autant que je pense que Coexistence a plus de racines metal que de racines prog mais il est indéniable que ces groupes ont eu un impact énorme sur notre musique.
Pour ce qui est des difficultés, vu la jeunesse de notre formation c’est difficile à dire. Je dirais qu’en France de toute façon, le problème ne se situe pas que pour les groupes de metal prog mais plus largement pour les groupes de metal en général, car le marché est très réduit et il y a très peu de groupes qui percent à un niveau national et international. C’est vrai que pour le prog c’est encore plus restreint. On n’a pas choisi la voie de la facilité c’est sûr mais nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, et nous faisons ce qui nous plaît réellement. Si ça marche tant mieux, sinon on s’en remettra ! On va tout faire pour que ça marche ceci dit ! Tous les retours que nous avons eu jusqu’à présent sont vraiment très bons et c’est très encourageant pour la suite. Le fait que notre musique soit un peu à cheval entre le metal et le metal progressif peut être un atout dans le sens où elle peut attirer des gens des deux univers. J’espère que ça sera le cas en tout cas !
Merci en tout cas pour ton soutien et pour l’interview ! Vive le metal, le prog, le metal prog et la musique !
Merci à Coexistence pour l'interview !