Bob Dylan - Desire

Informations
- Année de sortie : 1975
- Position discographique : 16ème disque de l'artiste
- Pays : Etats-Unis
- Genre : Folk-Rock
- Appréciation : 




- Liste de lecture :
Track-List |
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Temps |
| 01 -
Hurricane |
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8:33 |
| 02 -
Isis |
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6:58 |
| 03 -
Mozambique |
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3:00 |
| 04 -
One More Cup Of Coffee (Valley Below) |
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3:43 |
| 05 -
Oh, Sister |
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4:05 |
| 06 -
Joey |
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11:05 |
| 07 -
Romance In Durango |
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5:50 |
| 08 -
Black Diamond Bay |
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7:30 |
| 09 -
Sara |
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5:29 |
Temps total : 56:17 |
Avis :
Desire est mon album préféré de Bob Dylan, dont je suis par ailleurs un grand fan. C'est un album assez long (compte tenu des capacités du format vinyle, un disque de 56 minutes est chose assez rare, surtout en 1975, époque où le CD n'avait pas encore été inventé), ce qui aurait pu laisser craindre des longueurs. Chose heureuse, Desire ne contient quasiment aucune longueur, et aucune mauvaise chanson. Tout au plus peut-on qualifier « Mozambique » de moyenne, mais cette courte chanson, la plus courte de l'album, est en fait une sorte de petit délire folk ayant permis à Dylan et à son complice pour la quasi-totalité de l'album (l'américain d'origine française Jacques Levy) de voir combien de rimes en -ique ils pouvaient extirper de leur créativité. Il y en à quelques unes, dont chick-a-chick.
Avec sa pochette montrant Dylan en tenue de vagabond bohème (photo très belle qui m'a toujours fait penser à cette pique de Coluche sur Danyel Gérard, comme quoi, entre le talent de Dylan et le chapeau de Dylan, il a, bien entendu, opté pour le chapeau - et Gérard aura eu lui aussi ce look, comme par hasard...), Desire est le seul album studio enregistré pendant la période dite Rolling Thunder Revue, période qui aura duré environ trois ans (1975-77) et qui tient son nom d'une monumentale tournée que Dylan, accompagné de musiciens aussi talentueux que Mick Ronson, Joan Baez, Roger McGuinn, Scarlett Rivera, Howard Wyeth ou T-Bone Burnett, entreprendra pendant cette période. Un Dylan au visage fardé de blanc, khôl autour des yeux, décors semblables à un cirque itinérant, musique folk-rock teintée d'accents tziganes (le violon de Rivera). Desire a été enregistré pendant cette tournée, et est sorti en janvier 1976. Même s'il est crédité, sur le CD, à 1975.
Desire marchera très fort, notamment en France, et notamment grâce à une chanson, « Hurricane », chanson de plus de 8 minutes ouvrant l'album et faisant partie des chansons les plus connues et engagées du Barde. La chanson parle du fameux boxeur noir Rubin 'Hurricane' Carter, un champion qui, en 1966, fut accusé de triple meurtre et envoyé en prison à perpétuité (voir le film avec Denzel Washington). Dylan, dans sa chanson, donne une version des faits qui n'est certes pas la seule, mais il clame l'innocence de Carter (qu'il rencontrera en prison), et un incroyable soutien médiatique se formera alors. En 1985, Carter est libéré, après avoir été rejugé et, un temps, recondamné. Mais le doute subsiste sur sa culpabilité : soit un innocent a croupi 20 ans en taule, soit un triple meurtrier a été relâché. Quoi qu'il en soit, cette chanson n'a plus été jouée live par Dylan depuis 1976 et la fin de la tournée. Dans le doute, abstiens-toi, comme le proverbe le dit. Dylan ne se risquera plus à chanter « Hurricane », car s'il est coupable, ça la fout mal ! La chanson, à part ça, est absolument magistrale, contrebalancée par le violon de Scarlett Rivera et l'harmonica du Barde. Elle ouvre à merveille l'album, et malgré sa durée, sortira en single (photo de Carter en pochette, on s'en doute).
« Isis » suit ensuite, chanson de 7 minutes avec Dylan au piano et, toujours, le violon de Rivera, encore plus magnifique ici. Difficile de dire de quoi parle cette chanson, dans laquelle il est question de l'Egypte, des pyramides, de la déesse Isis. En fait, la chanson est vouée à plusieurs interprétations, et est en fait une sorte de chanson à morale, et récit initiatique aussi. De loin ma préférée de l'album, et, par la même occasion, de l'artiste. Malgré sa longueur (qui ne me dérange pas), « Isis » est une pure merveille, que Dylan interprétera souvent en version accélérée en live. « Mozambique » suit, petite chansons sans grande envergure, musicalement sympa (participation vocale, comme pour pas mal d'autres chansons de Desire, de Emmy Lou Harris), mais qui ne figure franchement pas parmi les réussites dylaniennes. Bien plus réussies sont les deux dernières chansons de la première face, « One More Cup Of Coffee (Valley Below) » et le quintessentiel « Oh, Sister », deux pures merveilles mélancoliques. Les harmonies vocales d'Emmy Lou et le violon de Scarlett en font des chansons presque gitanes dans l'âme.
« Joey », chanson la plus longue de l'album et une des plus longues du Barde, ouvrait la face B sur une ode à un gansgter new-yorkais décédé (abattu), Joey Gallo. Chanson sans doute un chouia trop longue (3 minutes de moins n'auraient pas été du luxe), et qui sera sujette à controverse, car si Dylan parle de Joey Gallo comme d'un truand à morale (il ne tue pas les innocents, sympathise avec les Noirs et est, donc, ouvert d'esprit), le vrai Gallo n'était pas tout à fait aussi 'bon truand' que ça. Comme pour « Hurricane », Dylan offre une version de l'affaire, qui n'est pas la seule. Ca n'empêche pas la chanson, malgré des longueurs, d'être franchement très belle - mais elle ne sera jamais ma préférée de Desire.
La suite de l'album, sa conclusion en trois chansons, est tout simplement admirable, entre « Romance In Durango » et son atmosphère hispanisante (la chanson parle d'un hors-la-loi et de son amoureuse, au Mexique, et aurait facilement pu être utilisée comme bande-son du film de Sam Peckinpah Apportez-Moi La Tête D'Alfredo Garcia), « Black Diamond Bay » et ses deux lignes en français, et son violon tzigane, le duo vocal Dylan/Harris, et surtout le final magnifique et tout en sobriété, « Sara », chanson que Dylan a composée seul (comme « One More Cup Of Coffee (Valley Below) », le reste de l'album étant signé Dylan/Levy). « Sara » est une sorte d'excuse pour Bob Dylan après la crise de nerfs de son « Idiot Wind » (album de 1974 Blood On The Tracks, album violent et amer), dans lequel il chargeait sa femme Sara, avec qui il venait de divorcer, et ce divorce l'avait rendu aigri. Dans « Sara », Dylan s'excuse, se repent. Celle dont il disait, dans « Idiot Wind », tu est si stupide que je me demande comme tu fais encore pour respirer, chérie est réhabilitée ici, Loving you ins one thing I'll never regret, chante-il d'une voix sobre et mélancolique. Finie la colère, place au remords. Cette chanson est tout simplement une des plus belles chansons d'amour qui aient jamais été faites, et c'est une conclusion imparable pour un album qui l'est tout autant.
Voilà donc ce qu'est Desire, un album quasiment unique dans la discographie dylanienne, unique document studio de la Rolling Thunder Revue (car le live Hard Rain sortira en 1976, et il y aura aussi un film réalisé par Dylan, Renaldo & Clara, mélange de live et de fiction interprété par Dylan, Sara Dylan et le poète beat Allen Ginsberg ; ainsi, en 2002, que le cinquième volume des fameuses Bootleg Series, consacré à cette période). Ma période préférée de l'artiste, mon album préféré de l'artiste, un album sensationnel et quasiment parfait, qui vous embarquera dans un tourbillon d'émotions diverses : tristesse, mélancolie, gaieté, lyrisme... Desire, c'est tout ça.
Ecrit par ClashDoherty,
le 07/03/10
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