Chronique : King Crimson - Discipline

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King Crimson - Discipline

 

 

Informations
- Année de sortie :
1981
- Position discographique :
8ème disque du groupe
- Pays :
Angleterre
- Genre :
Crossover Progressif
- Appréciation :
- Liste de lecture :

Track-List
 
Temps
01 - Elephant Talk  
4:43
02 - Frame By Frame  
5:09
03 - Matte Kudasai  
3:47
04 - Indiscipline  
4:33
05 - Thela Hun Ginjeet  
6:26
06 - The Sheltering Sky  
8:22
07 - Discipline  
5:13
Temps total : 37:04

 

Avis :
Le retour du Roi. Oui, je sais, ce jeu de mots est facile, mais il est aussi et surtout totalement de rigueur. Discipline est sorti en 1981, et a surpris tout le monde. Car ce huitième album studio de King Crimson fut aussi leur premier en sept ans, le groupe s'étant séparé en 1974 après un Red admirable. Il y aura bien eu d'autres albums du groupe après la séparation (en 1975, le très réussi live USA, et en 1976, la compilation A Young Person's Guide To King Crimson), mais pour tout le monde, et notamment pour le leader du groupe (le guitariste/claviériste occasionnel/compositeur Robert Fripp), King Crimson, c'était fini. Fripp a collaboré avec Eno, Bowie, les Talking Heads, et a sorti un album solo (Exposure, qu'un des membres du site connaît bien, vu que c'est devenu son pseudo - salut, Etienne !) en 1979. En 1980, il réunit le batteur Bill Bruford (membre de King Crimson de 1973 à 1974), le bassiste Tony Levin (aussi peu chevelu que très talentueux, et il est chauve comme une boule de billard) et le guitariste et chanteur Adrian Belew, et forme un groupe du nom de Discipline. A la surprise générale, il renomme rapidement le groupe, qui devient... King Crimson. Ainsi, le fameux groupe-phare du mouvement progressif anglais des années 70 revient.

Discipline est un disque qui détonne, comparé aux précédentes livraisons du groupe. En fait, il ne faut pas comparer. Car ici, la musique, bien que progressive, est nettement plus basée sur les innovations pop-funky des Talking Heads que sur le progressif classique. Coïncidence, si Fripp a joué avec les Talking Heads (sur « I Zimbra », sur l'album Fear Of Music de 1979), Belew aussi a joué avec le groupe, en 1980, sur Remain In Light. En fait, je ne pense pas que ça soit une coïncidence ! De même, Levin a joué, comme Fripp, sur des albums de Peter Gabriel (et aussi sur le Exposure de Fripp)...

En 7 titres dont 5 chansons, Discipline déroute totalement l'auditeur. L'album sera relativement bien accueilli par la critique (niveau public, ce fut une très très belle vente pour le groupe), même si on fera surtout grand cas de la filiation avec les Talking Heads. C'est surtout très évident sur « Thela Hun Ginjeet » (anagramme pour Heat In The Jungle) et « Elephant Talk ». Cette dernière chanson, qui ouvre le bal, sortira en single, et est une des chansons les plus connues du groupe. Le Chapman stick (sorte de bâton à mi-chemin entre la basse et la guitare) de Tony Levin et les élucubrations vocales de Belew (qui, vocalement, est très proche du timbre du chanteur des Talking Heads, David Byrne) en font une chanson aussi jouissive qu'exaspérante. Dans le bon sens du terme, c'est à dire, de la belle et sympathique hystérie. La chanson parle du relationnel, et offre, alphabétiquement (de A à E, suivant les couplets), des synonymes de talk. Argument, Brouhaha, Conversation, Diatribe, Elephant Talk. La guitare de Belew imite à la perfection des barrissements d'éléphants ; la guitare de Fripp, elle, est aussi minimaliste qu'efficace (on l'imagine assis sur sa chaise, car il a toujours joué ainsi, à sourire discrètement en tirant ses notes si particulières).

Le reste de l'album est du même tonneau, même si c'est moins rythmé pour les deux titres suivants, « Frame By Frame » et surtout l'orientalisant et magnifique « Matte Kudasai », dont le CD de l'album propose en bonus-track une version alternative (portant la durée du CD à 42 minutes, mais l'album en lui-même en dure 37). « Indiscipline » porte très bien son nom, c'est un petit délire assez bruitiste avec un Adrian Belew en grande forme (I Like it !!), une fin de face assez remarquable, mais il faut écouter le morceau plusieurs fois. « Thela Hun Ginjeet » est excellent, bien qu'un petit peu long quand même (le passage narratif est un peu longuet, je trouve). C'est le dernier morceau chanté de l'album, la suite étant instrumentale.

« The Sheltering Sky » est probablement le sommet de Discipline. Rythmique un peu tribale, limite africaine (là encore, merci les Talking Heads), et toujours ce son de guitare fin, aigu, limite strident, mais ici très maîtrisé (discipliné est un mot qui convient bien). L'ensemble dure plus de 8 minutes, et compte parmi les plus beaux morceaux de King Crimson. On est emporté dans un torrent d'émotion (le drive de guitare de Fripp, qui revient souvent, est vraiment déchirant), et au moment où l'ultime morceau, « Discipline », démarre, on est sur le carreau. Et « Discipline », dont le riff fait un peu penser à une version modernisée et ralentie de celui de « Larks' Tongues In Aspic, Part 2 » (sur l'album Larks' Tongues In Aspic de 1973), est le bouquet final. A noter, la fin un peu abrupte. A noter aussi que le premier morceau de l'album suivant de King Crimson, « Neal And Jack And Me » (l'album, lui, s'appelle Beat) démarre quasiment comme s'il était le prolongement de « Discipline ». Ce qui est, dans un sens le cas, musicalement parlant, car King Crimson, avec Discipline, entame sa troisième période, la période que j'appelle, personnellement, pop progressive.

Pour la première fois de la carrière du groupe, King Crimson se retrouve à deux guitaristes, Robert Fripp ayant enfin accepté de partager le lourd fardeau avec un autre. Pour la première fois aussi, le chanteur n'est pas bassiste, mais, justement, gratteux. Pour la première fois, la musique du groupe est carrément orientée pour le grand public, même si de belles bribes expérimentales et progressives subsistent. Discipline, en tant que tel, n'est pas vraiment progressif, malgré les deux instrumentaux qui l'achèvent. L'album est une réussite totale, ce que ne sera pas le disque suivant, Beat, album de 1982 qui sera encore plus orienté pop et commercial. Bien que trop influencé par les Talking Heads, Discipline est un disque qui fait vraiment partie des réussites majeures du groupe. Un fan de King Crimson se doit de l'écouter. Et comme il a été dit dans une critique de l'époque (présente dans le livret CD, comme c'est le cas des autres albums du groupe qui reproduisent, dans leurs livrets, les dossiers de presse d'époque) : Si vous aimez le groupe, vous possédez déjà l'album ; si vous n'êtes pas fan, au moins, écoutez ce disque. On ne saurait mieux dire.

 

Ecrit par ClashDoherty,
le 09/03/10

 

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