Chronique : King Crimson - Starless And Bible Black

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King Crimson - Starless And Bible Black

 

 

Informations
- Année de sortie :
1974
- Position discographique :
6ème disque du groupe
- Pays :
Angleterre
- Genre :
Progressif Eclectique, Progressif Experimental
- Appréciation :
- Liste de lecture :

Track-List
 
Temps
01 - The Great Deceiver  
4:02
02 - Lament     
4:05
03 - We'll Let You Know  
3:41
04 - The Night Watch  
4:39
05 - Trio  
5:39
06 - The Mincer  
4:08
07 - Starless And Bible Black  
9:10
08 - Fracture  
11:12
Temps total : 46:42

 

Avis :
Starless And Bible Black , sixième livraison studio de King Crimson, est, selon moi, une de leurs réussites majeures. Mais c'est aussi, et surtout, un de leurs albums les plus noirs et complexes. En fait, si vous ne connaissez pas King Crimson (et croyez-moi, j'envie celles et ceux qui ne connaissent pas encore ce superbe groupe), ne commencez pas l'écoute du groupe par cet album sorti en 1974. En effet, Starless And Bible Black, affectueusement surnommé SABB pour faire plus court (oh, le fainéant que je suis !), est réservé aux connaisseurs. Aux oreilles aventureuses et peu fragiles. Aux vrais fans. L'album, à sa sortie, sera qualifié de noir, d'obscur, de violent, putride, malsain, dépressif...et son succès sera assez limité, faible. Sa réputation, aussi, est assez aléatoire : certains le considèrent, comme moi, comme étant un des sommets du groupe, d'autres n'hésitent pas à le descendre en flammes et à le considérer comme une œuvre trop complexe et, surtout, inégale.

Bon. Il faut dire que les détracteurs ont leurs raisons. Je m'explique : l'album a été enregistré principalement en live (sur les 8 morceaux, seuls deux, « The Great Deceiver » et « Lament », plus la première partie de « The Night Watch » - deux et demi, donc - ont été enregistrés en studio), mais les applaudissements ont été virés. King Crimson a donc fait de Starless And Bible Black, album constitué en majeure partie d'instrumentaux expérimentaux et improvisés, un faux album studio. On pourra critiquer cette manière de procéder, dire que le groupe de Robert Fripp (guitare, claviers, compositeur principal de la musique) n'a pas été chercher la difficulté. Mais le résultat final est bluffant. Starless And Bible Black baigne dans une atmosphère crépusculaire, sombre, putride, rien que la pochette donne le ton (le nom du groupe et le titre de l'album, sur fond blanc, entourés d'une sorte de moisissure qu'on imagine se répandre rapidement).

Ne cherchez pas de la gaieté ici. Si l'album précédent, le grandiose Larks' Tongues In Aspic (1973) contenait un ou deux moments de légèreté (« Easy Money », pas joyeux, mais vif), Starless And Bible Black est une agression sonore permanente, le genre d'album qui vous retourne, vous chavire, vous engloutit, vous noie. Définitivement conçu pour le format vinyle alors de rigueur, l'album offre une première face assez sombre et allant de plus en plus dans la noirceur (« The Great Deceiver » est vif, rapide, « Lament » est plus sombre, « We'll Let You Know » est un instrumental glaçant, « The Night Watch » est une pure merveille mélancolique qui est sans aucun doute le sommet de ce début d'album, et les deux titres suivants sont des instrumentaux techniquement bluffants), dans la mélancolie sinistre. Une fois « The Mincer » achevé, on retourne le disque (oui, je sais, on laisse le CD tourner si on ne possède pas le vinyle !) et il reste alors à écouter deux longs morceaux.

Et c'est là que Starless And Bible Black prend tous son sens. Car le premier morceau de cette face B, qui porte le même titre que l'album, est une plongée de 9 minutes dans un environnement aussi glacial qu'apparemment hostile. On plane, pendant presque 10 minutes, dans une musique qui vous gèle, vous hante, vous remue les tripes. Guitare incroyablement perfide de Robert Fripp, qui a toujours su tirer de son instrument des sons que l'on qualifiera d'écorchés vifs. La basse de John Wetton (accessoirement, le chanteur, mais la face B est instrumentale) est agressive, la batterie de Bill Bruford est magnifique, le violon de David Cross hante l'auditeur. Après « Starless And Bible Black », on est laissé sur le carreau.

Mais il reste encore 11 minutes à partager avec l'album. « Fracture ». Le grand final. Qui se paie le luxe de tuer littéralement l'auditeur avec l'équivalent musical d'un roller coaster fou. On passe de l'ambiance sépulcrale et malsaine des « couplets », lents et quasiment silencieux, à la violence morbide des « refrains », sur lesquels Fripp s'amuse à titiller l'auditeur avec ses fameux sons de guitare. Puis, au bout de 7 minutes de montagnes russes, tout explose. La grande libération, l'explosion salvatrice ; il fallait bien que ça pète, trop de tension, de violence latente. Un peu comme la quatrième partie du « Sysyphus » de Pink Floyd (Ummagumma, 1969). A la fin, « Fracture », qui s'achève sur un solo de violon speedé agrémenté de la guitare de Fripp, semble être le défouloir de l'album.

Starless And Bible Black , c'est 39 minutes de tension musicale hors du commun et 7 minutes de libération. En tout, donc, 46 minutes expérimentales, violentes, malsaines et, en même temps, magnifiques et envoûtantes. Complexe, difficile d'accès, pessimiste et sans aucun doute nihiliste, de taille à vous ruiner votre journée si vous avez déjà le blues au moment de mettre le CD dans la platine, l'album est, au même titre que Lizard, Larks' Tongues In Aspic et, naturellement, In The Court Of The Crimson King, un des joyaux bruts de King Crimson. Rigoureusement indispensable à tout amateur et du groupe, et de rock progressif. Mais attention, le voyage que propose Starless And Bible Black est tout sauf une promenade de santé dans un jardin bucolique sous un beau soleil estival. Plutôt une visite sans retour vers les profondeurs infernales des tourments de l'âme...

 

Ecrit par ClashDoherty,
le 05/03/10

 

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